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Disparition de Claudio Naranjo

Disparition de Claudio Naranjo

Bonjour à toutes et à tous,

 

Pour celles ou ceux qui ne le sauraient pas encore, je viens vous annoncer une bien triste nouvelle, Claudio Naranjo est décédé vendredi dernier, dans la soirée, dans sa maison de Berkeley en Californie. Il avait été hospitalisé en début d'année et son état de santé était très fragile. Il avait 86 ans.

L'un des derniers "Grands" de la Gestalt, et bien au-delà, vient de nous quitter

Nous venions de clore notre stage sur l'ennéagramme lorsque la nouvelle m'est parvenue : Claudio n'est plus… Je venais de partager que je l'avais senti très présent durant ce stage, et ce qui est rare, j'avais revêtu le tee shirt qu'il m'avait offert quand il m'avait autorisé à enseigner l'ennéagramme. Quant à Yves, c'est un corbeau qui était venu se planter le matin même devant la porte de sa salle, pour lui porter peut-être une mauvaise nouvelle à venir…

Je me sens comme tous ses élèves et disciples par le monde, à la fois triste et plein de reconnaissance et d'amour pour ce que nous a apporté et enseigné notre maitre, "el Maestro", sa capacité d'amour, son immense culture et sa sagesse.

J'ai rencontré Claudio au début des années 90, alors que j'accomplissais mon troisième cycle en Gestalt à Barcelone. C'est Albert Rams, le directeur de l'Atelier de Gestalt de Barcelone, qui me proposa de suivre l'enseignement sur l'ennéagramme que dispensait alors Claudio en Espagne. Je devins vite un élève assidu de son enseignement que j'ai suivi durant 10 ans et qui m'amena à traduire en français son principal livre sur l'ennéagramme, "Caractère et Névrose".

Ce qui chez cet homme m'a d'emblée surpris était le contraste entre la simplicité de l'expression et la profondeur de la pensée. Claudio, c'était un regard à la fois espiègle et profond, une voix aigüe mais douce, et un sourire toujours prêt à surgir au coin des lèvres car il ponctuait toujours son discours d'anecdotes savoureuses et de pointes d'humour, c'était un grand conteur. Et quelle puissance de la pensée! Je fus très vite captivé par la richesse et la profondeur de sa réflexion et de sa culture. Il pouvait aussi bien mettre à jour les liens entre les différentes traditions spirituelles d'Orient et d'Occident et leur conception du voyage spirituel, que les mettre en perspective avec les conceptions contemporaines de la psychothérapie, de la psychopathologie ou des sciences sociales, et nous proposer un outil concret et très efficace de connaissance de soi et d'introspection, l'ennéagramme, issu de la Tradition et parfaitement accordé aux conceptions psychothérapiques actuelles, et de la gestalt-thérapie en particulier.

Il fut l'un des continuateurs du travail de Fritz Perls à Esalen, et l'auteur du seul livre de Gestalt reconnu par Perls comme un témoignage exact de sa pratique et de ses idées, ainsi qu'il l'évoque dans l'introduction de son livre "Terapia Gestalt " (en cours de traduction).

Il me semble que son apport à la Gestalt-thérapie est triple :

- Il a mis l'accent sur l'importance de la méditation et de la position méditative comme pièce maîtresse de l'awareness du thérapeute.

- Ceci est en lien avec sa conception de la gestalt-thérapie, dont l'apport spécifique pour lui ne réside pas tant dans ses techniques (ses "props", ses trucs comme disait Perls) que dans la transmission, implicite, de thérapeute à patient, d'une attitude spécifique faite de présence, de prise de conscience, et de prise de responsabilité.

A l'école de Gestalt de Limoges, fondée en 1994 et aujourd'hui ILFG, nous avons très tôt avec Jean-Claude Faucher, l'un des fondateurs de notre institut, introduit le travail sur l'attitude, et la méditation dans la formation des praticiens en gestalt, ce qui n'avait pas manqué de provoquer un sourire à certains collègues venus nous visiter, qui trouvaient cela plutôt cocasse voire incongru à l'époque, et qui aujourd'hui sont de fervents adeptes de la méditation…Puis nous vîmes apparaître le terme de "posture" du thérapeute chez certains autres collègues. Les idées de Claudio semblaient influencer naturellement les gestaltistes et il en était heureux.

- Enfin, Claudio a proposé d'inclure l'ennéagramme dans la formation des Gestalt-thérapeutes, à la fois comme outil de connaissance de soi et d'introspection, et comme approche dimensionnelle de la personnalité plus complexe que les nosographies psychiatriques actuelles qui privilégient une approche catégorielle. Claudio a notamment proposé, comme l'envisage la vision traditionnelle de l'ennéagramme, de considérer les motivations humaines comme impulsées par trois grandes forces ou instincts qui sont la survie, le plaisir et la relation, qui sont les trois axes d'organisations des activités humaines depuis nos origines.

Notons là encore que quelques années plus tard nous verrons apparaitre chez certains auteurs gestaltistes la notion d'enjeux développementaux précoces, d'attachement, d'estime de soi et de sexualité, qui ne sont pas sans nous rappeler la théorie des trois instincts (survie, relation et plaisir) de l'ennéagramme. "On ne fait souvent que redécouvrir ce qui est déjà là…" nous livrait-il avec un sourire malicieux.

Je me sens encore envahi de reconnaissance envers Claudio lorsqu’ à notre demande, il nous autorisa à introduire l'enseignement de l'ennéagramme dans la formation en psychopathologie et caractérologie de nos élèves. Sa seule consigne fut : "Bien sûr, bien-sûr, mais je vous demande de l'enseigner comme vous l'avez reçu, avec le même dispositif". Avec Jean-Claude Faucher, puis avec Yves Plu, à l'ilfg et à gestalt+, nous n'avons jamais dérogé, fidèles au maître, et nous avons toujours transmis l'ennéagramme selon la forme où nous l'avions reçu: un travail en résidentiel, avec une équipe de formateurs, dont le programme sur une semaine, est inspiré des programmes du SAT (Seekers After Truth, les Chercheurs de Vérité, ou "sat" qui signifie "être" en sanscrit) conçu par Claudio.

Claudio est parti sur un autre chemin, ultime facétie de cet homme qui aimait tellement plaisanter pour alléger le poids de notre existence. Je l'imagine cheminant, un sourire aux lèvres, en discussion parfois avec des compagnons de route, philosophes grecs ou gymnosophistes indiens, sages soufis, compositeurs, écrivains et poètes, mais aussi femmes et hommes de diverses origines, simples et curieux, comme nous... Il chemine, accompagné d'innombrables pensées reconnaissantes et pleines d'amour.

- "Où vous rendez-vous maître ?

- Ça c'est mon secret…

- Bon voyage mon Maître !".

Jean-Luc Vallejo

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